Mon bébé, ma victoire

« Ma maladie de Crohn a été diagnostiquée l’année de mon bac, à 19 ans, et j’ai rencontré mon copain trois jours plus tard.
Après avoir essayé de nombreux traitements, on m’a prescrit un nouveau traitement. Ça a été le jour et la nuit, je me suis sentie beaucoup mieux. Très vite, j’ai posé la question de la grossesse, parce qu’on avait très envie de faire un enfant. Les médecins m’ont répondu qu’ils n’avaient pas d’information sur ce sujet, qu’ils ne savaient que pour les rats et les vaches. J’ai dit : « Vous m’avez bien regardée ? Je suis un être humain à part entière, j’aimerais bien une réponse. » Et à la consultation suivante, je suis arrivée enceinte. Là, je me suis posée la question d’arrêter le traitement, et je leur ai déclaré : « Maintenant,il va falloir bouger pour me répondre. » Mon médecin a appelé un spécialiste, et on m’a répondu que je pouvais continuer ma grossesse et le traitement.
Bien sûr, j’ai pensé aux risques. Mais quand on fait un enfant, on n’a pas la garantie service après-vente, on ne peut jamais être sûr que tout ira bien. C’est la vie, autant pour nous, malades, que pour ceux qui ne le sont pas.
Ensuite, j’ai vécu ma grossesse pleinement. J’avais complètement occulté ma maladie. J’avais arrêté de travailler, je me reposais, et ma maladie est restée au placard pendant ces quelques mois.
L’accouchement s’est très bien passé, mon bébé est en pleine forme. Par contre, comme j’ai arrêté le traitement les dernières semaines de ma grossesse, la maladie a repris après la naissance de ma fille.
Ce qui me gêne le plus, c’est que ça rejaillit sur mon bébé. Quand je suis en poussée, j’ai des diarrhées et il faut que j’aille aux toilettes dans la seconde. S’il n’y a personne avec moi pour prendre le relais, j’ai une énorme culpabilité d’arrêter le biberon de ma fille pour courir aux toilettes. Je l’entends hurler et je m’en veux d’être malade. Dans ces moments-là, j’ai envie de pleurer. J’espère que je vais pouvoir recommencer le traitement rapidement pour que ça se calme.
Aujourd’hui, mon bébé, c’est ma fierté. Je me dis que je suis malade mais que j’arrive à vivre comme tout le monde, même si ce n’est pas facile tous les jours. »

Pauline, 23 ans

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